Sculpture - Collage  

 

 

L'hommage à Piaf


C’est la sculpture de Lisbeth Delisle que les Parisiens connaissent : l’Hommage à Piaf. L’artiste a placé le personnage de plein pied dans la ville. La célèbre chanteuse de l’Hymne à l’amour semble offrir son cœur au monde. Lisbeth avait présenté trois projet dont celui représentant « deux pieds, une robe de forme pyramidale projetée en avant, deux bras tendus, une tête rejetée en arrière qui chante et regarde le ciel libre ». L’œuvre en bronze fut inaugurée dans le 20e arrondissement par Bertrand Delanoé, alors maire de Paris, le 11 octobre 2003. L’inauguration célébrait le 40e anniversaire de la mort de Piaf. La représentation est légèrement plus grande que le modèle (1,75 m tandis que Piaf n'en mesurait que 1,47m) mais elle est pleinement à échelle humaine.


Claire Maingon,  Maître de conférences, Histoire de l'Art Contemporain Université de Rouen

 

 

 

 





 

Lettre à ceux qui n'aiment pas la statue d'Edith Piaf

Elle n'est pas « belle » entend-on dire.

C'est vrai elle n'est pas « belle », comme les saintes vierges saintsulpiciennes ou Claudia Schiffer.

Edith Piaf n'était pas « belle », elle était bien plus que ça, elle était bouleversante.

Cette statue est juste et lui rend Justice.

Ce petit corps tordu et torturé qui essaie d'attraper le ciel lui correspond parfaitement.

Elle est sur les pavés au niveau des gens.

La mettre sur un piédestal en marbre aurait été lui faire injure, elle était chanteuse populaire, une chanteuse de la rue, elle appartenait à la rue.

Elle avait les pieds dans le caniveau mais elle regardait les étoiles. Entre ses pieds sur le sol et ses bras désespérément tendus vers un ciel qu'elle veut atteindre, elle est l'image de cette humanité souffrante écartelée qui aspire au bonheur.

Essayons de ne pas répéter les erreurs du passé.

Pensons au Balzac de Rodin.

Il est peut être temps de faire le ménage dans notre univers décoratif, d'en chasser les notables en marbre , les biches en plâtre et les pseudos objets d'art.

Restons ouverts et curieux.

De toute façon un jour cette statue étrange va vous apprivoiser et vous allez l'aimer.


Jean-Louis Fournier

 

 

A Edith

Au début du mois de mai une aimable envoyée de la mairie du 20ème arrondissement est venue visiter mon atelier afin d’apprécier mon travail qui lui avait été signalé par le sculpteur René Coutelle. Elle m’a proposé un challenge difficile : réaliser un hommage à Edith Piaf, ton hommage, pour l’anniversaire de ta mort. (Cela fait déjà quarante ans que tu nous as quitté). Une statue en bronze d’une hauteur d’un mètre soixante-dix environ, ton portrait en pied serait implanté sur la place qui porte ton nom, entièrement rénovée pour ce jour-mémoire.
J’ai accepté le défi et me suis instantanément rappelé ton entrée en scène, toi, minuscule dans la lumière qui te suivait, te couvrait d’or, te protégeait, peut-être.
Déjà les applaudissements se déchaînent puis, quelques accords de musique, et alors tout devient attente. Tu commences à chanter et plus rien d’autre n’existe plus. Seule ta voix qui nous pénètre, qui nous sort de nos sièges pour nous entraîner dans l’émotion pure. Tu deviens comme le prêtre qui officie, peu importe son physique, il est en majesté et les gestes rituels accomplis transcendent le lieu et les êtres. Tu nous fais vivre une cérémonie magique, une messe, mais celle de la vie sur terre avec ce qu’elle a de drames, de passion, de souffrance et de joie.
Comment te représenter?
Faire un portrait réaliste, bien proportionné, bien sage?
Bien sûr il faut que l’on te reconnaisse; mais pour moi, je pense pour le reste du monde, ton physique se sublimait dans ta voix.
J’ai donc décidé de traduire cette voix prodigieuse, de montrer tes mains éloquentes qui la magnifiaient. Et puis évoquer le parcours formidable de ta vie, ton enthousiasme, ton engagement forcené dans le travail et l’amour. Mes mains à leur tour ont travaillé et j’ai réalisé en cire trois petites esquisses dont une a été acceptée : Deux pieds, une robe de forme pyramidale projetée en avant, deux bras tendus, une tête rejetée en arrière qui chante et regarde le ciel libre.
Avec ferveur, je suis passée à l’échelle définitive directement en plâtre, la fonte prendrait deux mois.
Le jour de l’inauguration tu étais là, les pieds bien posés sur les pavés qui t’ont vu naître, grandir et aider à te réaliser.
Peut-être ne ressembles-tu pas à l’image de toi que d’autres peuvent avoir, mais tu regardes les étoiles et tu clames ta force.
Merci Edith de ces quelques mois passés avec toi.
A toi fidèlement,

Lisbeth Delisle

 

 

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