Sculpture - Collage

 


La sculpture contemporaine ne se définit plus dans une forme nécessairement pérenne. Elle n’a plus la prétention de l’éternité. Le carton, le papier, les matériaux périssables et fragiles, voire le corps même de l’artiste, sont devenus des supports de la création contemporaine. Depuis 1985, l’artiste Lisbeth Delisle a découvert le carton pour réaliser ses œuvres figuratives, expressives, minuscules ou monumentales. Elle découpe, recompose, utilise le principe du collage. Depuis les années 1940, le collage est devenu une pratique courante chez les artistes, qui composent sans cesse à partir des fragments du réel. Est-ce une réponse contre l’angoisse de l’avenir ? Est-ce une façon de se rire du temps ? L’existentialisme de la sculpture contemporaine, son refus de la morale comme de l’académisme, est peut-être un fait générationnel.

Née en 1935, Lisbeth a grandi dans ce que l’on nomme joliment l’ère de la postmodernité. A la fin des années 1950, les jeunes avaient les pieds dans le vide. Pour trouver un ancrage, Lisbeth fait ses études aux Beaux-Arts, elle devient l’élève de Robert Couturier (1905-2008). Elle sculpte, elle modèle et devient une portraitiste accomplie. Couturier, qui a tant compté pour elle, n’est pas à sa juste place aujourd’hui. Il fut un grand artiste de l’assemblage, son œuvre figurative intègre volontiers le bois, le carton voire des matériaux empruntés à l’univers urbain, des bouts de tubes ou des morceaux de tôle, du grillage. A l’inverse du chemin expérimental, la voie traditionnelle entretient le savoir-faire de l’atelier et le choix de la figure. L’abstraction n’est pas en soi un critère de modernité, mais un parti-pris intellectuel qui répond à une sensibilité. Depuis longtemps, on admet que les sensibilités, les goûts, les opinions peuvent exister dans la diversité.

En plus du plâtre et de la cire, des tirages en bronze faits de son œuvre, Lisbeth utilise du carton et met en scène son imaginaire, inspiré de la vie quotidienne autant que de la mythologie. Ce sont ses mythologies personnelles : rencontres sous un toit, voisinage, personnages dans le vent. Il n’existe plus de hiérarchie entre les matières nobles et humbles, ni de privilèges donnés aux sujets livresques. La vie est elle-même devenue un sujet classique. L’œuvre de Lisbeth Delisle est-elle pour autant classique ? Peut-être est-ce à chacun d’en décider, avec sa propre sensibilité.

 

Claire Maingon,  Maître de conférences, Histoire de l'Art Contemporain Université de Rouen