Sculpture - Collage

 



Impulsée par une émotion, une idée, la sculpture pour Lisbeth Delisle est l’enjeu simultané d’une liberté et d’une contrainte. Elle interroge le mystère de la vie à partir de personnages énigmatiques mis en situation tragi-comique. Leurs attitudes virevoltantes, tourmentées, sont le reflet d’un malaise à l’unisson des formes tumultueuses. Ses figures échevelées aux dépouilles déchiquetées, appelées à l’envol, dialoguent dans un décor mythique, avide d’espace et de lumière. Fenêtres, portes, sont des passages. Ils se font paysages, forêts, pour un changement scénique permanent où le végétal, le minéral et l’humain, mêlent leur règne respectif dans un spectacle vécu ou imaginaire. Elles dispensent une effervescence qui secoue les protagonistes dont les tensions ferventes sont celles de leur solitude prisonnière d’un labyrinthe.

Lydia Harambourg
Critique d’art, Correspondant à l’Académie des Beaux- Arts, Institut de France


 

Dans l'atelier des Beaux-arts


Auprès de Marcel Gimond


Entrée à l'Ecole des Beaux-arts de Paris à la fin des années cinquante, Lisbeth Delisle a fait ses premières armes auprès de Marcel Gimond (1894-1961). Ce sculpteur officiel des années 1930 y enseignait au même titre qu'Alfred Janniot ou Hubert Yencesse. Les élèves de Gimond travaillaient le matin devant le modèle vivant, suivant la pose indiquée par le maître en début de semaine. L'après-midi, ils jouissaient de l'atelier pour mener leurs recherches personnelles, dans un esprit de compétition propre à l'Ecole des Beaux-arts. Tous les élèves désiraient concourir au Prix de Rome, conclusion du parcours aux Beaux-arts et dont l'obtention difficile menait à la Villa Médicis, sur les hauteurs de Rome. Lisbeth remportait régulièrement des concours d'émulation, qui présageait de ses bonnes chances d'obtenir le fameux Prix.


Corbin, Arbus et Zadkine


Aprèq quelques années de suspension de son activité de sculpteur, aidée de ses parents, elle menait de petits travaux de décoration. Son retour sur les bans de la rue Bonaparte ne fut pas sans difficulté. A cette époque, la direction de l'Ecole des Beaux-arts souhaitait promouvoir une modernisation de son enseignement en diversifiant les professeurs. Tous les trois mois, les cours étaient confiés à un sculpteur différent. Marcel Gimond, mort entre temps, avait cédé la place à Raymond Corbin, professeur intérimaire et sculpteur en médaille. Après Corbin, le sculpteur et décorateur André Arbus (1903-1969) fut le second professeur à prendre en charge l'atelier que fréquentait Lisbeth.

Une rencontre que fit Lisbeth, qui devait la marquer durablement, fut celle d'Ossip Zadkine (1890-1967). Il fut le dernier professeur invité à enseigner dans l'atelier où Lisbeth était inscrite. «Zadkine, qui a été un de mes maîtres aux Beaux-arts, avait un sens poétique extraordinaire. Il m'a fait prendre conscience du vide, qui avait pour lui autant d'importance que la forme pleine. Il évoquait des fenêtres ».Très vite, la jeune femme se rapprocha du maître et devient la massière de son atelier. Elle garde de lui le souvenir d'un vieux monsieur, très diminué physiquement par les séquelles de la grande guerre au cours de laquelle il avait été gazé. Zadkine était un conteur plein d'aura, à la langue déliée par le petit blanc qu'il gardait toujours à portée de sa main.L'atelier était très fréquenté. Le maître enseignait lui aussi d'après le modèle vivant, le plus souvent Clarisse, une jeune blonde au torse plat et aux jambes courtes. Le maître était assez fantasque et incitait les étudiants à développer leurs ressources imaginatives. Devant l'une des études de Lisbeth, Zadkine qui passait dans les rangs lui lança : « Moi, je vois un tas de bananes ». C'était dire qu'il fallait toujours pousser les formes de la sculpture vers l'ouverture à l'imaginaire.



Robert Couturier et le prix de Rome


Après le départ de Zadkine, Robert Couturier (1905-2008) fut nommé professeur à l'Ecole des Beaux-arts. Sculpteur autodidacte très inventif, il fut longtemps l'aide et l'ami d'Aristide Maillol. Couturier avait mené une belle carrière. Très primé et félicité, cet artiste incarne l'héritage et le renouvellement de la sculpture figurative dans les années 1950, à un moment où les tendances abstraites étaient nettement mises en avant sur la scène artistique française et internationale. Son univers, très féminin et empreint d'humour, était surréaliste. La grande leçon de Robert Couturier, selon Lisbeth Delisle, fut la liberté, une liberté inconnue du temps de son passage dans l'atelier de Marcel Gimond.

Ce fut sous la conduite de Robert Couturier que Lisbeth présenta pour la première fois le Prix de Rome. Elle avait 29 ans, âge presque limite pour participer au concours. Le thème imposé cette année là par les professeurs était celui du Combat. Sur son projet, elle fut sélectionnée pour monter en loge. Le déroulement des épreuves était un long parcours. Au cours d'une première journée, les concurrents devaient faire leur esquisse en terre. Cette esquisse, validée par le jury, serait ensuite agrandie. Elle fit un nouvel essai l'année suivante, en 1965. Il s'agissait de réaliser un bas-relief sur le thème du Pain. L'issue fut plus favorable puisque Lisbeth obtint le Deuxième Second prix de Rome.

 

 

L’atelier imaginaire

 

 

« Je travaille (…) mes sculptures comme des sortes de décors dans lesquels je m'imagine entrer. J'y inclus de petits personnages qui précisent l'échelle de mes compositions. Dans ces mises en scène, je crée un espace, avec des découpes très vives d'ombre chinoise dans lesquelles le rôle de la lumière et de l'ombre apparaît très important. J'ai l'impression, quelquefois, d'être un metteur en scène!... . "

Le théâtre mais aussi l’architecture habitent la vision de l’artiste. Lisbeth Delisle représente souvent les personnages dans des cadres, dans des architectures, recréant un effet d’échelle. Ces « maisons » qu’elles composent ne sont pas sans évoquer à l’esprit les grandes Demeures abstraites d’Etienne Martin. Pour Lisbeth, qui accorde une importance majeure au thème de la maternité, la maison est un motif utérin, qui favorise le retour à soi, le refuge.

Elle privilégie le mouvement et nous fait comprendre dans ses œuvres que le monde est toujours changeant, instable. Le vent est un acteur imaginaire de ses mises en scène sculptées. Elle développe aussi une œuvre importante par la technique du collage.

Entretien de Lisbeth Delisle avec Monique Baucorps, dans l'Entracte du mois, n°55



Lisbeth, Couturier et les Salons


Sur l'invitation de Robert Couturier, Lisbeth Delisle commença dans les mêmes années à participer au Salon de Mai, salon de groupe prestigieux. Le Salon de Mai avait été fondé en 1943 par de jeunes artistes (Couturier, Gruber, Le Moal, Manessier, Pignon). Il défendait le brassage générationnel et portait l’idéal d’un art libre et résistant. Il s’inspirait d’une exposition intitulée « Jeunes peintres de tradition française », organisée en pleine Occupation par le critique Gaston Diehl qui réunissait Bazaine, Bertholle, Desnoyer, Estève, Gischia, Griber, Le Moal ou encore Manessier, des artistes qui pratiquaient une peinture abstraite versée entre expressionnisme et lyrisme. Au moment de la Libération, cette nouvelle vague aboutit à la création du Salon de Mai. La première édition eut lieu en 1945.

Lisbeth présenta aussi ses sculptures dans le cadre du Salon Formes humaines, une manifestation intéressante et ouverte à la jeunesse à laquelle elle avait été invitée par le critique Raymond Charmet. Dans le cadre des jardins du Musée Rodin, obtint un nouveau prix de sculpture. En 1979, elle devint membre du comité.

Lisbeth Delisle est également une fidèle de la biennale des 109, et fait partie depuis 1999 des membres du comité.


Les prix de Lisbeth


1969, Diplôme supérieur d'Art Plastique

1970 Prix André Susse, Prix Leguay – Le brun, Prix Rumsey

1970 Lauréate de la Fondation de Lourmarin

1972 Prix Despiau. Lisbeth le tente sur le conseil de son ami René Coutelle, son voisin d’atelier. Il récompense un portraitiste. Elle obtint le prix.

1978 Prix Paul-Louis Weiller. Ce prix convoité récompense un portraitiste peintre ou sculpteur.

1984 Prix Art Dialogue

1985 Prix Bourdelle (fondé en 1959 par l'Association des amis de Bourdelle) pour distinguer un sculpteur « dont la notoriété n'égale pas le talent ». Il avait lieu tous les deux ans et donnait droit une exposition au Musée Bourdelle. Le jury, cette année là, était composé des sculpteurs Martan Pan, Couturier, Hajdu, Etienne Martin, Antoine Poncet et Stahly. Ils ont choisi Lisbeth.

1990 Prix Albert Féraud

1997 Prix de la Fondation de Coubertin

1998 Grand Prix Léon-Georges Baudry

1999 Prix Dumas-Millier

2006, Prix de la Fondation Charles Oulmont, sous l'égide de la Fondation de France